Le canard confit est-il vraiment interdit en été ?

Il y a quelques jours, j’étais chez le boucher pour acheter des brochettes (oui, ma vie est passionnante), et j’entendais la discussion des personnes — a priori une mère et son fils — qui faisaient la queue devant moi. Lui, autour de la cinquantaine bien tassée (très jeune quoi…), et elle, autour de 80 ans.

L’attente a duré longtemps, donc j’ai pu participer à une longue conversation (je sais c’est mal d’écouter les conversations des autres, mais je m’ennuyais et ils n’avaient qu’à pas parler si fort).

Visiblement, ils faisaient des courses à la fois pour le week-end qu’ils allaient passer ensemble et pour la semaine suivante, uniquement pour la maman.

À un moment, le fils désigne des cuisses de canard confites :

« Ah ben ça c’est bien, mais plus pour l’hiver : c’est un peu trop calorique pour l’été. »

Quelques minutes plus tard, la mère montre un gâteau de riz en demandant à son fils si ça le tente pour le dessert.

Réponse du fils :

« Oh non, les desserts comme ça c’est quand même trop riche. C’est calorique. »

Alors voilà… Ces deux réflexions, entendues en l’espace d’un temps assez court, m’ont interpellée.

Comment décide-t-on qu’un aliment est « trop calorique » ?

Trop par rapport à quoi ? Ou à qui ?

Et surtout : comment en est-on arrivés à une société où la notion de calories est devenue un problème en soi ?

Une calorie, après tout, est simplement une unité d’énergie. Notre corps en a besoin pour fonctionner : pour faire battre notre cœur, respirer, maintenir notre température corporelle, faire fonctionner notre cerveau… et accessoirement nous permettre de nous lever de notre chaise pour aller chercher le dessert.

Considérer qu’une calorie est un problème pour le corps, ce serait un peu comme considérer que l’essence est un problème pour une voiture.

À partir de quand a-t-on commencé à considérer ce qui permet à notre corps de fonctionner comme quelque chose dont il faudrait se méfier ?

Et comment voulez-vous, dans ces conditions, avoir une relation sereine à la nourriture ?

Oui, je sais, ça fait beaucoup de questions.

Mais quelque part, ça me met en colère qu’on en soit arrivé là.

À cette vision dichotomique de l’alimentation : les aliments « bons » d’un côté, les aliments « mauvais » de l’autre. Et, très souvent, derrière cette classification, se cache en réalité une autre question : est-ce que cet aliment risque de me faire grossir ?

Et parfois, même lorsque l’on considère que notre relation à la nourriture est saine, on peut avoir ce type de pensées :

« Oui, bien sûr, on peut manger de tout… mais tout dépend de la fréquence. »

Ou de la quantité.

Et remarquez que cette règle s’applique rarement aux aliments que nous avons classés dans la « bonne colonne ».

On ne dit pas :

« Les courgettes, c’est très bien, mais attention, seulement deux fois par semaine. »

Ou :

« Le poisson, ça va, mais évite quand même d’en manger un mardi soir. »

En revanche, pour les aliments gras ou sucrés, nous avons rapidement tendance à mettre en place des règles : seulement le week-end, seulement une fois par semaine, seulement une petite quantité…

Considérer que la consommation d’un aliment est « OK » uniquement si on le mange le samedi soir, c’est quand même un peu problématique, non ?

Et qu’arrive-t-il si on nous propose des frites un mardi ?

« Ah non désolée, je n’ai le droit de manger des frites que le samedi soir entre 20 h et 20 h 30. »

Vous voyez l’absurdité du truc ?

Est-ce qu’on aurait envie de manger des frites tous les jours ?

Probablement pas.

Et si c’était le cas, il serait peut-être intéressant de se demander pourquoi cette envie prend autant de place. Mais, dans la majorité des cas, on peut très bien aimer les frites sans avoir envie d’en manger tous les jours.

Alors à quoi sert de s’interdire d’en manger tous les jours alors qu’à la base, on n’en a pas envie tous les jours ?

C’est là que la notion de « fréquence » devient intéressante.

Parce que manger un aliment lorsqu’on en a envie n’est pas la même chose que se l’autoriser uniquement parce que le calendrier nous dit que « c’est le bon jour ».

Et revenons à nos calories.

Si un jour vous entendez quelqu’un dans votre entourage dire d’un aliment qu’il est « trop calorique », vous pouvez lui poser une petite question toute simple :

« Trop calorique… par rapport à quoi ? »

S’il vous répond :

« Les calories, ça fait grossir. »

Vous pouvez continuer :

« Donc dès la première calorie, on risque de grossir ? »

Normalement, il devrait répondre non.

Et c’est justement là que ça devient intéressant.

Parce qu’une calorie n’est ni « bonne » ni « mauvaise ». Elle ne devient pas problématique parce qu’elle est contenue dans un aliment gras, sucré ou particulièrement gourmand.

Bien sûr, l’énergie apportée par l’alimentation participe à l’équilibre énergétique du corps et, sur le long terme, à l’évolution du poids. Mais une calorie prise isolément ne dit absolument rien de ce dont une personne a besoin à ce moment-là, ni de ce que cet aliment représente dans son alimentation globale.

Une calorie n’a pas de morale.

Elle n’est pas raisonnable, déraisonnable, sage ou coupable.

Et surtout, elle n’a pas besoin de devenir une règle de conduite.

Alors, la prochaine fois que vous vous surprendrez à penser qu’un aliment est « trop calorique », essayez peut-être de remplacer cette pensée par quelques questions :

  • Trop calorique pour quoi ?
  • Trop calorique pour qui ?
  • Qu’est-ce que cette information change concrètement dans mon choix ?
  • Est-ce que j’ai envie de manger cet aliment ?
  • Et surtout : est-ce que cette façon de penser m’aide réellement à avoir une relation sereine avec la nourriture ?

Parce qu’au fond, les calories ne sont pas le problème.

C’est la place qu’on leur donne dans notre tête qui peut le devenir.

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